"Pas à pas" de Bianca Li
9EME FESTIVAL PROVENCE TERRE DE CINEMA ROUSSET
DU 28 AVRIL AU 1ER MAI 2011

Rencontre avec la chorégraphe cinéaste Blanca Li et la danseuse Deborah Torres :
« Home Fitness » de Blanca Li, 3mn, 2007
« Angoisse » de Blanca Li, 5mn, 1998
« Pas à Pas » Documentaire de Blanca Li, 1h28, 2009
Le spectacle « Corazon Loco » est en préparation, en 2007, pour le palais de Chaillot. Blanca Li a filmé le temps infiniment fort qui précède la scène, la genèse d'une représentation, le temps des répétitions, l'essence même de la danse et de la création.
La directrice du Festival de Rousset salue et remercie beaucoup Blanca Li pour son immense travail, la pluridisciplinarité de l'actrice, chorégraphe, metteur en scène, danseuse, ..
Blanca Li : « J'adore le Cinéma. C'est ma 2ème vie qui m'est arrivé par hasard dans ma vie. J'étais à l'Université actrice pour ma soeur. Des fois, j'ai préparé tout le film. C'est très compliqué de monter un spectacle. J'ai travaillé dans la publicité en tant que photographe pendant huit ans au côté de grands réalisateurs. J'ai découvert le Cinéma. Puis on m'a appelé pour faire des longs-métrages. J'ai écrit les chorégraphies avec les mouvements de caméra. J'ai eu envie de faire un film à moi. « Angoisse » est le début de mon travail. « Le défi » est mon premier long-métrage. C'est une histoire qui va continuer .. Le documentaire, j'avais très envie de raconter le travail pendant un spectacle. Qu'est ce que c'est une création ? Je vais la filmer parce que je sais que c'est une aventure. C'est d'abord pour partager nos vies et après on vit ce que c'est la création. Au début, je ne savais pas ce que cela allait donner. »
Deborah Torres : « Formée à Barcelone, cela fait plus de dix ans qu'on travaillait régulièrement ensemble avec Blanca Li. Ce qui me fait revenir à chaque fois sur Blanca Li. Elle, c'est une énergie. La diversité de la fiction au documentaire, c'est ce qui m'a plu. »
Roland Carré : « La présence des enfants de Deborah Torres et de Blanca Li .. »
Blanca Li : « Pour moi une création c'est minimum trois mois, avec huit heures par jour, je ne peux pas travailler s'il y a une mauvaise ambiance, c'est dans l'harmonie et dans l'amour. C'est beaucoup de travail. C'est un moment unique à chaque fois, on ne sait pas ce qui va arriver au début ni à la fin. Je veux une certaine atmosphère. Pour moi c'est un travail d'équipe. Pour ce spectacle, j'ai voulu des danseurs un peu plus natures et âgés parce que les chanteurs sont des gens normaux. Je ne voulais pas différencier les deux mais plutôt les mélanger. Les chanteurs ont dû aussi faire un travail pour être homme et femme comme les danseurs homme et femme, une part d'humain .. Plus d'un an et demi, cela a duré. Presque un an avant, nous avons travaillé l'improvisation. Puis la compositrice avait besoin de six à huit mois pour écrire la Musique. C'est pourquoi les chanteurs traduisaient la partition en même temps que la création.
La danse, ceux sont les corps. Je suis chorégraphe parce que j'aime les corps. J'ai les danseurs devant moi, cela me plaît, c'est le plus de plaisir pour un chorégraphe, une très belle sensation. Le geste chorégraphique « Angoisse ».. Des gestes quotidiens, Blanca Li fait ses exercices de danse en même temps. Au départ, les chanteurs ne savaient pas que cela allait être aussi difficile. Le plus dur pour eux est de mémoriser constamment les partitions pour avoir la tonalité. Parfois je joue le jeu ou je ne joue pas le jeu. Je me laisse filmer. Cela m'arrive très souvent le regard extérieur sur mon travail. Moi justement avec les danseurs, au début, j'ai dû mal à être filmé. La création c'est délicat. C'est pour ça, je fais la projection privée pour voir si tout le monde est d'accord pour leur image. Personne n'a rien dit. Ils ont oublié la caméra. Sinon j'aurai modifier quelque chose. »
Deborah Torres : « Les lumières de Blanca Li sont très délicates. Moi j'accepte d'être filmée mais je demande un droit de regard à la projection. »
Blanca Li : « J'ai un éclairagiste avec qui je m'amuse beaucoup à faire les lumières. Je passe huit heures avec les danseurs et je travaille six heures la lumière, l'éclairage. Je vais travailler deux tableaux en un seul tableau. Pour avoir tous ces volumes et ces créations, il y a toute une période d'adaptation pour ces danseurs de vivre dans cette lumière. »
Deborah Torres : « A chaque fois que le spectacle tourne, il y a un certain nombre d'heures pour la lumière et le filmage. Chaque danseur est responsable de ce qu'il a à faire mais la technique reste très importante. »
Blanca Li : « On cherche la perfection. Je vois tous les détails. Avec la maturité, on devient de plus en plus exigent. »
Deborah Torres : « Les danseurs chantaient .. Nous, on avait la chance d'être sonorisé par rapport aux chanteurs. Quand on danse, on voit. Les moments où on chantait si on était statique ..On a fait nos cours et on s'est appliqué. »
Blanca Li : « Pour moi, les créations, le film, ceux sont des moments de ma vie. Chaque chose que je crée, je l'appelle mon bébé, chaque spectacle, c'est comme ça, c'est l'élever .. Un film c'est pareil. Trois mois de répétitions ont été nécessaires. Après le spectacle, je n'avais pas envie de monter ou de voir les rushs. Puis, je l'ai vu comme une création. Je voulais que cela se raconte de façon seule. Dans toute création, il y a plusieurs phases, on s'amuse, on rigole, puis il y a des tensions .. A la fin du spectacle, on arrive au questionnement, on a un grand doute parce qu'on sait ce que cela va donner. Puis il y a une peur, une insécurité, un manque de confiance et c'est là qu'il faut être concentré. Et maintenant, à un moment, il faut faire le capitaine. Je sais, cela va être fantastique .. Avoir le moral, avoir l'énergie .. Les gens ne savent pas ce qu'il se passe derrière un spectacle. J'ai voulu partager ce moment avec le public. Je fais un travail pour commander le groupe. »
Deborah Torres : « Aujourd'hui, je n'ai plus ce doute parce que j'ai l'expérience avec Blanca Li. Je lui fais confiance, je l'écoute .. Mais Bianca depuis dix ans tu me dis cela .. »
Blanca Li : « On a fait plus d'un an d'improvisations sur chaque scène. Pour que la compositrice puisse écrire la musique. La première scène je la connaissais, je savais que cela commençait comme un concert et après que cela dégénérait. « Corazone de Loco », le titre parce que cela parle d'amour, le corps fou ..L'amour qu'on rêve c'est la scène où les corps sortent de derrière des toiles et qui prennent la danseuse. C'est l'amour idéalisé, rêvé .. Après on a crée la musique. Petit à petit on choisit .. »
Deborah Torres : « C'est un des avantages de travailler avec Blanca Li. C'est vraiment être dans la dimension humaine. C'est une grande qualité. Le travail dans la bonne humeur. On ne travaille pas dans une tension. Pour Blanca Li, c'est le contraire, il faut plutôt le rire .. »
Blanca Li : « Je préfère parler que crier ..J'ai la chance d'avoir des danseurs de tous âges. Certains travaillent depuis dix ans d'autres quinze ans .. L'équipe doit se renouveler constamment. Mais je suis très proche de mes danseurs. J'ai trente à quarante danseurs qui travaillent avec moi. J'ai fait un spectacle Macadam Macadam sur le Hip Hop pendant dix ans. J'ai ma communauté de danseurs à qui je peux demander en fonction des créations. On continue de garder une sélection avec tous les membres de la compagnie. Je suis en création avec les musiques d'Azerbaïdjan et un projet sur l'homme et la machine. Je prépare un grand projet pour le Palais de la Danse à Paris. Je suis en train d'écrire une fiction. C'est sur trois femmes, sur la crise de la vie, qui commencent à vieillir .. Plus d'imagination, plus d'envie, c'est drôle pour les femmes artistes : Victoria Abril, Rosy de Palma et moi Blanca Li .. »
