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"Espiral" de Jorge Pérez Solano

 

9EME FESTIVAL PROVENCE TERRE DE CINEMA ROUSSET DU 28 AVRIL AU 1ER MAI 2011

 

Rencontre avec Jorge Pérez Solano ,

scénariste et réalisateur du Film « Espiral », Mexique, 2008, durée 1h39

Avec Iazua Larios, Mayra Serbulo, Xochiquetzatl Rodriguez, Leonardo Alonso, Harold Torres Mayahuel del Monte et Angeles Cruz

 

Dans l'espoir de rendre leur vie meilleure, les hommes passent la frontière sans réaliser qu'ils détruisent ce qu'ils espèrent sauver : Leurs familles. C'est l'histoire de Diamantina et Araceli, deux jeunes femmes de Mixtec Oaxaca, qui voient leurs hommes partir vers le nord pour améliorer leur situation. Santiago tente de réunir de l'argent qui lui permettra d'épouser Diamantina. Macario, quant à lui, veut sortir sa famille de la pauvreté. A leur retour, tout a changé...

 

« Même si c'est un film en 2009, même si les gens pensent au Mexique, pensent que cette communauté n'existe pas, elle existe. Les moyens de communication n'en parlent pas, alors il faut en parler. Reprendre le Cinéma des années 40-50, les cycles Fernandez, Barios, et les autres ..

Nous sommes dans une zone pauvre, il faut connaître les parents, la problématique, car toute sa famille a vécu l'émigration, l'exil .. L'exil, est-ce une obligation ? Non, c'est plutôt un choix mûrement réfléchi. Les hommes envoient de l'argent à leur famille. C'est un système patriarcal mais qui est soutenu par les femmes. Même si ces femmes n'ont pas le pouvoir de décision. Les hommes vont chercher une meilleure condition de vie. Ils laissent leurs problèmes à leurs femmes avec des décisions qu'elles ne peuvent pas prendre. Le plus difficile est-ce les femmes ? De ce point de vue, le film a dépassé ses limites. Je peux toujours parler de ce film même si j'ai d'autres projets. Cela ne change rien. Un film n'est pas aussi puissant mais moi j'ai essayé de faire un antidote. J'ai fait en sorte que le migrant pense à ce que signifie de partir de son village.

Il vaut mieux chercher les solutions dans son pays le Mexique, sans aucun façon et sans aucune barrière. Le film travaille auprès des gens et des autorités et il continue comme il peut. « Espiral » donne un peu plus le rôle aux femmes, c'est voulu. C'est important de le rendre évident, ce qui se savait, se voyait .. Les gens sont plus solidaires, ils se réunissent, il y a une coopération. Le projet de film a commencé avec une coopérative de femmes. Il est né parce qu'il a appris l'existence de cette coopération. Les gens s'échangent des affaires et se donnent de l'argent .. J'ai fait une fiction pour voir le côté sombre. Ce que je me suis permis d'avoir c'est ce côté optimiste. Mais j'ai vu le côté négatif, la tristesse, la prostitution, la pauvreté, l'alcoolisme, .. J'ai décidé d'avoir plein d'espoir et d'optimisme. Je continue de penser ce cinéma-là qui essaie de toucher les racines mexicaines et il doit se faire au Mexique avec ces mexicains. J'ai parlé à des réalisateurs. Pour moi, cela a été facile de raconter ce film. Par rapport aux réalisateurs mexicains, eux, ils trouvent que c'est un sujet difficile à traiter. J'ai voulu simplement montrer un aspect du Mexique. Pour un cinéaste étranger, c'est un problème international. La seule difficulté c'est si on ne connaît pas bien la zone. Mais tous pensent que c'est un problème similaire à beaucoup de pays.

Je crois que les politiques s'occupent de tout. Mais pas des gens .. Plus on met des obstacles, plus les migrants vont continuer . La politique ne comprend pas. Je crois que si un migrant voit un mur, cela va lui donner encore plus envie de partir avec cette forme de provocation. J'aimerais continuer avec le même type de cinéma engagé et radical. Il y a des gens qui ne voient pas l'émigration mais il voit « Espiral » comme un film de genre. C'est surprenant. Certains disent que je les traite mal. D'un autre côté, les gens voient la vraie réalité, celles des femmes mal traitées, .. Une spectatrice française en voyage au Mexique m'a dit qu'elle avait eu l'impression de voir ces gens dans le film. A Varsovie, une spectatrice veut utiliser mon film pour écrire une thèse. Cela me touche beaucoup les réactions du public face à « Espiral ».

Au Mexique, les jeunes mexicains ont l'habitude de voir de grosses productions. Pour l'avoir projeté, cela m'a fait très plaisir. C'est un film indépendant, son rôle est d'entrer dans les consciences petit à petit. Au Mexique, le paradoxe est que même si on adore nos femmes et nos enfants, on utilise « Madre » dans nos jurons. A contrario, le terme « Padre » s'emploie dans les expressions positives. Un texte de Michel Houellebecq dit : « Les femmes sont présentes dans nos vies mais elles ne se font pas remarquer. » Dans le film, je veux juste rendre évident. Je crois que j'ai fait un film Oedipien, rires .. Le fait de filmer des femmes, je le vois pareil qu'avec des hommes. Ce qui m'intéresse c'est de les comprendre. C'est de chercher à les comprendre.

Actuellement, j'ai terminé un nouveau scénario. C'est l'histoire de deux familles. Le rapport mère et fils. Cela parle de la relation de 9 mois durant la grossesse d'une femme. Chez « Le labyrinthe de la solitude » d'Octavio Paz, la solitude commence quand on nous coupe le cordon ombilical. L'émigration est historique. Les cultures se font comme cela. Le problème n'est pas l'émigration mais bien plutôt comment elle se réalise. »


Jorge Pérez Solano en quelques mots

Né dans la ville héroïque de Huajuapan de Léon dans le Oaxaca son père vit dans la communauté de San Pedro Yodoyuxi et sa mère vit dans la ville de San Juan Zila, une des villes très marginalisés dans la Mixteca. A l'âge de 8 ans il est allé vivre à Mexico City avec sa famille. Depuis il a montré un intérêt pour le cinéma à l'âge de 15 ans. Il a été admis à l'Université Centre d'Etudes Cinématographiques (CUEC) où il a étudié l'écriture de scénarios et la direction artistique . Il a observé de l'extérieur le développement et les problèmes de la région dont il est originaire. C'est ce qui l'a inspiré à écrire son Film « Espiral ».