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"Rives" de Armel Hostiou

 

 

 

« Rives » de Armel Hostiou, 2011, France, Numérique, durée 1h18


Avec Jasmina Sijercic, César Lakits et Abubakar Jamil

Programmation ACID Festival de Cannes 2011

Distribution : Epicentre Films

Le 29 février 2012  sur vos écrans de Cinéma


Lundi 16 mai 2011 au Cinéma Les Arcades - Festival de Cannes 2011 -


Une belle actrice Jasmina Sijercic, un jeune réalisateur Armel Hostiou, une jeune productrice Gaëlle Ruffier pour un premier Film tous côté coeur pour une même envie : Exprimer « Rives », un titre au combien à la frontière de nos pensées les plus terrestres. Une expérience sensorielle hors du commun, basée sur l'expressivité des acteurs en réelle performance d'eux-mêmes, nous conduit à des réflexions jusqu'alors insoupçonnables. Faut-il le vivre pour y penser ? A quoi ? Et bien à notre solitude si intense soit-elle dans un monde urbain impitoyable tant l'anonymat demeure un fardeau nous atteignant dans les moindres détails de nos vies si bien réglées soient-elles. Le film « Rives » est certainement une preuve du post-post-modernisme qui nous entoure et nous fait évoluer dans toutes nos négligences, nos absences, nos non-sens et nos dures réalités. S'attacher à ces personnages demeure l'une des clés d'une des compréhensions sous-jacentes de nos moeurs dans la quasi-totalité en silence. Chaque point, chaque détail, de notre société, de notre quotidien, s'avèrent insurmontable voire aliénant. Les personnages se prêtent au jeu de rôles dans un cadre primaire d'oppression, celle vécue par la couche populaire, par l'innocence d'un enfant à l'école ou encore par le regard d'un immigré venu travailler en toute honnêteté, enfin par la douceur d'une jeune femme.

La condition humaine de cette triangulaire a un point commun. L'isolement de chacun va les réunir par le liserai de chacune de leur rive. Ce que réussit le jeune premier Armel Hostiou c'est de nous installer dans un dispositif parfaitement conçu pour nous délivrer des émotions imbriquant un rythme vers une adéquation de notre triangulaire.

Un petit garçon, une jeune femme, une jeune garçon immigré, ne parlant pas la même langue.

Le billet, le petit saignement à la gorge, l'ascenseur bloqué, .. Autant de détails qui s'inscrivent dans un tourment, une succession de probabilités évoque l'enfermement de soi sur soi, de l'impossibilité de communiquer avec l'extérieur et de rester confronter à ses propres turpitudes. « Tu parles mieux le français », à peine quelques répliques dans un film qui a un ambitieux objectif celui d'apaiser cette souffrance sociale. Armel Hostiou, chef d'orchestre de ces personnages solistes opère non pas une caricature de cette souffrance sociale mais bel et bien un tableau où les lignes de fuite se croisent pour mieux en déterminer, comme chez Kandinsky, une figure identifiable de la faiblesse de ces gens. Une vérité les oppresse mais les opprime dans leurs corps et dans leurs pensées, une vision certes contemporaine mais nécessaire pour mieux comprendre la perception de tels échecs de l'être dans la symbolique du mythe de Sisyphe en un effet constamment croissant de ces perceptions.

Nous, spectateurs, sommes sollicités par cette approche difficile d'accès.

Plusieurs pensées mises en abyme demeurent celles d'une société anonyme en perdition parce que les liens sociaux n'existent pas. Celles de l'oppression dans un monde urbain qui nous écraserait dans nos préceptes, nos affects face au monde qui nous entoure et qui communique. Peu de dialogues conclut à cette volonté de ne pas les exclure mais de les confondre vers une même réalité, celle là-même qui fait que seules les montagnes ne se rencontrent pas. Solidité d'un sujet traité en expérience sensorielle avec justesse et rythme.

Une jeune fille, télé-opératrice, métier de base et accessible à tous, le divertissement, l'échappatoire dans une discothèque, le simple coton tige durant le maquillage, un appartement où un visage subsiste. Elle a un accent quand elle parle, elle est différente des autres à son travail, elle ne parle pas mais reste figée dans son monde. Tout est dans l'expression de ce visage féminin doux mais dans sa propre incompréhension de celle qu'elle vit, de celle qu'elle recherche ..

Le réalisateur observe ses personnages mettant le thème de l'intégration en corrélation avec le thème de la Ville, comme il le soulignera lors du débat après cette projection officielle au Festival de Cannes 2011. La ville et son caractère d'anonymat est son 4ème personnage. Les trois protagonistes sont successivement dans l'inconscience pour le jeune enfant, la conscience pour la jeune femme et la non-solution pour le jeune homme plutôt en train de subir sa condition face à l'inconnu.

Le petit garçon ne sait pas dessiner la carte de France et la copie sur son camarade de classe. Le professeur l'exclut. S'ensuit une dérive humaine de cette fragilité dans son propre et seul regard. Sa perception devient nôtre. Mais l'hermétisme demeure.

Les trois personnages ne parlent pas ou très peu. Ils attendent qu'on leur donne la parole.

Personnages pasoliniens, écoute de leurs traits précisés au scalpel

Découpe des sens et des non sens, appel d'air dans une société qui n'écoute plus le silence mais les bruits. Quand désobéissance juvénile, conscience et raison d'être, impasse et incommunicabilité se rejoignent, un monde apparaît, s'ouvre à nous. Tout ceci est bien-entendu dans un imaginaire cousu de modernité et de paroxysmes. On les voit dans leurs propres contextes, resserrement de la caméra, rétrécissement des pensées, comme un rond dans l'eau, un petit caillou jeté par désoeuvrement.

Les trois vies, les trois destinées parallèles nous déboussolent. Ceux sont les plans de chacun des personnages qui nous confrontent au lieu et à l'espace. L'action les convoque dans le même complexe du monde urbain, des murs. Le réalisateur Armel Hostiou construit ce monde basé sur le sensoriel et nous induit fortement le questionnement de la solitude sans jamais la marginaliser ou la rendre anarchique.

C'est un premier film à voir pour mieux comprendre les dérives de l'absence de communication. Tout est dans les non-dits. Ainsi cette première oeuvre nous convainc de son importance et des pistes qu'elles nous donnent pour combattre l'isolement. Tous humains, tous égaux même face à l'absence de vérité.

Le repli de soi, la confrontation de trois vies précaires, chacune à leur façon, en sursis et fragiles, parce que seuls face à eux-mêmes et à leur propre décisions d'être et d'exister. Le livreur, immigré, ne parle pas la langue française. De fil en aiguille, le travail du réalisateur s'assemble. La continuité bressonienne s'explique, la rigueur est de mise dans un cadre pré-établi.

Ainsi l'image devient notre fixité et le hors cadre, cadre de toute convention, s'apaise pour rétablir la cohérence de trois vies laissées à l'abandon.


Audrey Chiari